Memento mori

7 mai

On est jeudi, il est 20 heures. Tonton est rentré depuis peu de son travail. Il est joyeux, sa journée s’est bien passée, il s’attelle à la préparation du repas du soir. Je suis couchée dans mon panier. Je le regarde faire tout en écoutant d’une oreille distraite ce qu’il me raconte. Il sort ses gamelles, épluche un oignon. Je sens comme des fourmillements dans les pattes. Ce n’est pas douloureux, mais franchement désagréable. Je me lève, fais quelques pas en direction de tonton. Soudain une terrible douleur terrasse ma pauvre tête. Je tremble de tous mes membres. Tonton a lâché sa casserole.

— Ça va, ma chérie ? demande-t-il d’un ton inquiet.

Non, ça ne va pas. Pas bien du tout même. Je le regarde fixement, espérant qu’il le comprenne.

— Eh, tu n’ vas pas me faire un malaise, ma puce !

Il prend une croquette, me la tend. Devant mon refus, il me tend ma gamelle d’eau. Je n’ai ni faim, ni soif. J’ai cessé de trembler. Je ne peux pas bouger. Tonton a l’air d’avoir compris. Il me porte jusque mon panier. Il me couche, me caresse, m’embrasse, me couvre de ma couverture.

— Ben, alors ma chérie, qu’est-ce qui ne va pas ? dit-il tout en ne cessant de me caresser la tête. Tu vas te reposer un peu, puis on verra au moment de la promenade si ça va mieux.

***

23 h. Tonton est au téléphone. Je comprends qu’il est en ligne avec sa fille aînée. Je sens qu’il s’inquiète et je sais que c’est pour moi. Il a posé son téléphone, est allé chercher ma laisse rose. Il fait cliqueter le mousqueton, l’accroche à l’anneau de mon collier.

— Tu viens, ma chérie, on va faire ta promenade, dit-il doucement.

Il tire très légèrement sur la laisse. Je lève la tête, mais ne peux me relever. Très délicatement, il me porte pour me poser sur mes pattes. Elles ne me tiennent plus et je m’affaisse jusqu’à me retrouver à plat ventre sur le carrelage. Heureusement tonton ne m’a, à aucun moment, lâchée. Il tente de me remettre sur mes pattes, mais c’est peine perdue, immanquablement, elles se dérobent.

— Ça va aller, me dit doucement tonton en me reposant dans mon panier. Ça va aller, répète-t-il, en ne croyant pas un traître mot de ce qu’il dit. Il ajoute :

— Je t’emmène demain matin chez le véto, on va s’occuper de ça.

Il m’a recouchée dans mon panier, bien enveloppée dans les couvertures. Ce soir, il a mis un temps infini à me dire bonsoir, me faisant plein de caresses et de bisous.

8 mai

2 h 30. Je ne me sens pas bien. Pas bien du tout. Il me semble que je serais mieux sur le canapé. Je sais que je n’ai pas le droit de monter dessus, mais tonton a omis d’en bloquer l’accès comme il le fait habituellement. À grand-peine, j’arrive à m’extraire de mon panier. Voilà, encore un effort et je serai totalement dressée sur mes quatre pattes. Allez, encore un peu. Mais pourquoi diable tremblent-elles tellement ? Une nouvelle fois, mes pattes se dérobent et je m’écroule lourdement dans un fracas effroyable. Ma tête heurte violemment le carrelage. Tonton a bondi hors de son lit et s’est précipité en caleçon dans le salon. Il me retrouve échouée lamentablement sur le sol à quelques centimètres du canapé rouge que je n’ai pu atteindre. Il me prend dans ses bras et me recouche dans mon panier. Il me couvre de mes couvertures. Il me parle doucement, longuement, me caresse, m’embrasse.

***

8 h 30. Tonton me prend dans ses bras. Il me porte jusqu’à sa voiture. Le parking est loin de l’entrée du bâtiment et je sens qu’il peine à me porter jusque-là. Mais il me tient fermement contre sa poitrine et avance d’un pas décidé. Il a, au préalable, ouvert en grand les portes arrière de l’auto et installé l’une de mes couvertures sur la banquette. Il me pose délicatement sur le flanc, le dos contre le dossier. Il me caresse la tête.

— Ça va aller, ça va aller, ne cesse-t-il de répéter.

Il manque de conversation en ce moment.

***

— Reste là, j’arrive. Il est gentil, où veut-il que j’aille ? Tonton a laissé les quatre fenêtres de la voiture ouvertes en grand. Il ne fait d’ailleurs pas chaud en ce début de mois de mai.

Je ne sais pas combien de temps tonton est parti. Je me suis assoupie.

— Allez, viens là, dit-il tout en me portant dans ses bras.

Il met ma tête sur son épaule droite, plaquant fermement mon corps inerte contre sa poitrine.

Il me pose sur une grande table en inox.

***

La suite n’est pas des plus drôles : prise de sang, injection, observation, dégradation.

Je suis morte le samedi 9 mai, le jour de l’anniversaire de tonton.

Il a gardé ma laisse rose.

FIN

Remerciements :

Un grand merci à Vanille pour tout son amour.

Voilà, les meilleures choses ont une fin, ainsi se finit J’emmerde Descartes, le journal d’une vieille chienne braque allemand.

Dites-moi en commentaire ce que vous en avez pensé !!!

Remords et regrets

24 avril

Un des grands regrets de ma vie est de ne pas avoir eu de petits.

Maintenant que je suis une vieille chienne, cela n’a plus aucune espèce d’importance. Mais plus jeune, j’ai vraiment vécu douloureusement le fait de ne pouvoir avoir de chiots. À l’âge où toutes les chiennes autour de moi avaient ou pouvaient avoir des portées, moi, on m’avait déjà privée de ce droit. Je n’étais pas stérile, j’ai été stérilisée, ce n’est pas la même chose. Je n’en veux pas à mes maîtres d’avoir fait cela. C’est une pratique malheureusement courante, terriblement banale. On élève des chiennes qui font portée sur portée et l’on stérilise leurs descendants. Bref, ils ont fait comme font les humains. Mais moi, sans qu’ils le sachent ou même se l’imaginent, il m’a fallu faire le deuil de la maternité. C’est que nous, chiennes, portons viscéralement en nous ce désir d’enfants. Nous sommes génétiquement programmées pour être mères. Une chienne stérilisée se sent comme diminuée, infirme, incomplète. Cette stérilisation forcée est une mutilation qui ne se limite pas au corps. C’est l’amputation d’une part de ce que nous sommes et de ce que nous aurions dû être, une blessure qui laisse au fond de chacune d’entre nous une profonde cicatrice. La marque du deuil de chaque petit que l’on n’a pas porté, de chaque chiot que l’on n’a pas mis bas, de chaque enfant que l’on n’a pas élevé.

28 avril

Très souvent, tonton laisse la télévision en marche, calée sur une chaîne d’info en continu. J’écoute parfois d’une oreille distraite. J’en viens à la conclusion que la connerie humaine est une ressource inépuisable, la plus commune des énergies renouvelables !

Le mépris

19 avril

Lors de notre balade matinale, nous avons croisé le voisin de tonton. Enfin, soyons précis, nous avons croisé la voisine de tonton et son ridicule et prétentieux animal de compagnie. Un petit chien affreux dont je tairai la race par décence ou par pitié, mais qui s’apparente plus à un piaf croisé avec un rat musqué qu’à un berger allemand. Comme à chaque fois, cette pauvre petite chose énervée m’a couverte d’invectives, me menaçant de mille morts si j’avais l’impudence de m’approcher de lui à moins de vingt pas. Comme je suis une fille placide, je n’ai pas répondu à son tombereau d’insultes. Comme le disait une vieille amie, un peu de mépris peut éviter beaucoup de haine. Je pensais seulement qu’il me suffirait d’entrouvrir ne serait-ce qu’un peu la gueule pour le chopper et le broyer plus sûrement qu’une carcasse de poulet. Tout en m’éloignant sous ses piaillements pathétiques de futile bestiole frustrée, je me disais que les chiens, c’est comme les humains, plus ils sont petits, plus ils gueulent fort.

21 avril

Tonton est reclus dans sa chambre, comme un ours au fond de sa caverne, un ivrogne au fond de sa taverne. Il écrit. Les yeux rivés sur son écran d’ordinateur, il tape sur son clavier, à deux doigts, tout haut ce que je pense tout bas.

Pianissimo

12 avril

Il paraît que les chats ont neuf vies. Ce qui veut dire qu’ils se réincarnent huit fois, si je compte bien. Et que ces huit fois… c’est en chat. C’est quand même pas de bol !

Non, je rigole, j’adore les chats.

16 avril

Tonton joue du piano. Mal ! Très mal ! Il joue mal avec constance et obstination. Toujours la même chose et toujours aussi mal. Invariablement mal. Inévitablement mal. Je sens qu’il y met beaucoup de bonne volonté, mais depuis les quelques mois que je vis ici, il n’a clairement pas fait l’ombre du début du commencement d’un progrès. Faut qu’il arrête, faut qu’il abandonne définitivement l’idée de savoir un jour jouer de cet instrument. Ou alors faut qu’il prenne des leçons. Mais je plains de toute mon âme le pauvre professeur qui aura à endurer cela.

Que d’eau !

6 avril

Cela fait des semaines et des semaines que tonton me dit que je pue. C’est faux, je ne pue pas, je sens le chien, c’est différent. Il en a de bonnes, il sent bien l’humain, lui ! Et des fois, il sent plus l’Homme de Neandertal que l’Homo Sapiens astiqué de près. Il a passé sa matinée à regarder le prix des shampooings pour chiens sur internet et il a pris peur. Moi, je ne vois pas l’intérêt de tout ce cirque, la première flaque d’eau venue ferait très bien l’affaire. Je suis une chienne de chasse, pas un bichon maltais à sa mémère !

Il a mis le chauffage de la salle de bains à fond, m’a placée dans le bac à douche, m’a lavée à l’eau claire. Il a fait très attention à ne pas me mettre d’eau dans les oreilles.

Quand il m’a sortie, avant qu’il n’ait eu le temps de saisir une serviette, je me suis ébrouée. Le chauffage électrique a émis un clac sinistre et a cessé définitivement de fonctionner.

Bref, j’ai flingué le radiateur de la salle de bains de tonton !

9 avril

Tonton dit qu’il est pour le don d’organes. Moi qui le vois vivre, laissez-moi vous donner un petit conseil, évitez le foie, c’est ce qui sert le plus.

Garder un chien de sa chienne

2 avril

Les chaussons de tonton sentent la pisse de chat. Il n’a pas de chat. De là à dire qu’il pue des pieds…

4 avril

Il pleut, il fait froid… Arrêtez de vous plaindre, pour un mois de novembre, c’est parfaitement normal !

C’est vrai qu’on aura eu un printemps vraiment pourri. Ce qui est bien avec la météo, c’est que cela donne un sujet de conversation aux humains. Quand ils n’ont rien à se dire, ils parlent de la pluie et du beau temps, du temps qu’il fait, du temps qu’il devrait faire, du temps qu’il a fait l’année dernière à la même saison. Quand l’été sera venu, ils pourront toujours se plaindre de la canicule. Être le seul animal de la planète doté d’un langage articulé et s’en servir pour débiter de telles foutaises, cela m’atterre ! Les humains sont souvent des animaux consternants.

***

Comme je vous l’ai déjà dit, dès qu’il fait moche, tonton dit qu’il fait un temps de chien. Là, je m’insurge. Et si je pouvais parler, je lui dirais d’arrêter de dire des conneries ! On n’y est pour rien, nous, s’il tombe trois gouttes ou s’il se pèle le jonc. On n’y est pour rien s’il fait trop chaud, trop froid, trop venteux pour son pauvre petit corps d’humain. J’en ai marre de toutes ces expressions à la con, tous ces proverbes débiles qui parlent de chiens. Les proverbes du genre garder un chien de sa chienne. Voilà une formule qui me fait dresser le poil de l’arrière-train ! Ça ne veut rien dire, garder un chien de sa chienne. Contrairement aux humains, les chiens ne sont pas rancuniers. Ils ne se vengent pas, car ils ignorent ce qu’est la vengeance. Si tous les chiens maltraités se vengeaient de leur maître, il y aurait des abrutis défigurés plein les urgences, des bâtards égorgés plein les morgues et des enfoirés émasculés plein les cimetières. Entendons-nous bien, il n’y a que deux choses véritablement gratuites en ce bas monde : la méchanceté des Hommes et la bonté des chiens.

Il y a une autre expression ignoble qui me fout vraiment les abeilles. Traiter quelqu’un, ou en l’occurrence quelqu’une, de chienne. Traiter une femme de chienne, c’est pour vous l’insulte suprême, le comble de l’injure, l’humiliation sexiste portée à son plus haut degré. Comme si être une chienne était synonyme de bassesse la plus absolue. Moi, je suis une chienne et j’en suis fière. Et je vous nie le droit d’insulter quiconque en utilisant ce terme. Être une chienne, c’est être douce, patiente, fidèle. Être une chienne, c’est aimer ses maîtres et ses petits, c’est déborder de tendresse et d’affection. Alors oui, une chienne, ça se fait prendre à quatre pattes, comme vous dites. Mais je vous ferais remarquer que la plupart des mammifères, y compris les humains, procèdent de cette manière. Et celles qui ne dédaignent pas cette position ne sont pas plus chiennes que celles qui s’y refusent.

Alors, par pitié, allez consulter un psy, faites soigner vos problèmes de biroute et bannissez cette insulte de votre vocabulaire de pauvres petits phallocrates impuissants. Traiter une femme de chienne, c’est insulter toutes les femmes, mais aussi toutes les chiennes. Et, ni les unes, ni les autres ne méritent un tel mépris.

La suite, samedi prochain !

Parade !

24 mars

Elle est grande, elle est brune, elle est belle. Enfin, belle pour une humaine. Tonton l’a invitée ce soir à dîner. Je viens à sa rencontre en remuant la queue frénétiquement pour lui souhaiter, comme il se doit, la bienvenue. C’est la première fois que tonton amène une jeune femme à la maison. Elle sent bon la fille et la cannelle. Elle se penche vers moi, me caresse la tête.

— Comme elle est mignonne, dit-elle, avec une joie sincère dans la voix.

Tonton me caresse également, me flatte gentiment le flanc.

— Elle s’appelle Vanille, c’est la chienne de ma sœur qui est à l’étranger. Je la garde jusque cet été. Elle est vieille, elle pue un peu du poil, mais elle est super affectueuse.

Merci, tonton, pour cette présentation détaillée dont je me serais bien passée.

— Tu veux boire quelque chose ? ajoute-t-il.

Bien sûr qu’elle veut boire quelque chose et si tu veux mon avis, elle n’attend pas que ça. Moi, je retourne me coucher dans mon panier. De là, j’observe d’un œil amusé l’étonnant spectacle de la parade nuptiale de ces étranges animaux que sont les êtres humains. Tout en dégustant plats et vins, tous deux jouent le jeu de la séduction. Tonton se fait le plus affable possible, tandis qu’elle joue la carte de la fille effrontée. Il multiplie les compliments grotesques, mais charmants. Elle répond en minauderies teintées de gloussements sonores et variés. Ils boivent beaucoup, parlent et rient fort pour masquer leur gêne apparente.

Le repas à peine englouti, ils vont tous deux me promener, en bas de l’immeuble, en se tenant la main. C’est-y pas mignon ! Je crois qu’elle est un peu pompette, comme on dit. Lui aussi, peut-être. Il est tard, il fait nuit, il fait froid. Nous remontons bien vite profiter de la douce chaleur de l’appartement surchauffé. Et pendant que je tourne sur moi-même pour me coucher dans mon panier, je les aperçois se coller l’un à l’autre. Leurs deux corps enlacés, les yeux fermés, tournant sept fois leur langue dans la bouche de l’autre, tonton ferme du pied la porte de sa chambre. Il ne m’a même pas dit bonsoir, le goujat !

Petit matin, il fait encore nuit noire, le réveil de tonton hurle. Je l’entends, maugréant, sauter du lit pour l’éteindre avant qu’il ne réveille tout l’immeuble. Comme tous les matins, je vais à la porte de sa chambre en remuant la queue pour lui dire bonjour. Il ouvre la porte.

— Bonjour, ma chérie, me lance-t-il, visiblement de bonne humeur, tu as bien dormi ?

Il me caresse rapidement la tête et fonce, comme à son habitude, aux toilettes. C’est étrange, je ne sens que son odeur à lui. Pourtant, j’aurais juré… Non, pas le plus léger relent de cannelle, pas d’odeur féminine. Je rentre dans la chambre, je renifle partout. Rien. Le lit. Rien. Le sol. Rien. Je fais un tour rapide de l’appartement, la truffe au raz du carrelage. Rien. Pas la moindre trace olfactive. Elle n’est pas là. Elle n’a pas été là. Elle n’a jamais été là. J’ai dû rêver tout cela.

Je retourne voir tonton. Je lui fais la fête pour le consoler d’un rêve qu’il n’a pas fait.

La suite samedi prochain !

Le tour du terre-plein

16 mars

Ça fait plusieurs fois que je vous dis que je vais vous expliquer comment nous autres, les chiens, percevons le monde grâce à notre odorat. C’est vrai que j’ai repoussé un peu le moment de cette explication, car je sens que ça ne va pas être une sinécure. Ce n’est pas que vous soyez plus con que la moyenne, bien au contraire, mais cela va vous demander un effort d’imagination. Prenons un exemple : vous regardez un arbre. Bon, vous voyez un arbre et si vous vous y connaissez un tant soit peu en botanique, vous pouvez reconnaître s’il s’agit d’un chêne, d’un bouleau, d’un sapin ou d’un poteau téléphonique. Moi, je peux, à plusieurs mètres et les yeux fermés, identifier l’espèce et savoir si ses éventuels fruits sont comestibles. Mais je peux aussi repérer tous les animaux et autres insectes qui y vivent et leur dangerosité. Et, naturellement, en reniflant le tronc, je saurai absolument tout sur tous les chiens ou chats qui sont passés par là. C’est que notre sens de l’odorat n’est pas figé dans le présent comme le vôtre. Je sens encore l’odeur d’un animal qui est passé par ici, il y a plusieurs heures. Je sens déjà l’odeur de cette personne en bas de l’immeuble et qui n’a pas encore gravi les cinq étages qui la mèneront à votre appartement. Je peux sentir si vous êtes malade avant les premiers symptômes. Je peux détecter si vous êtes enceinte avant les premières nausées. Je peux même savoir si vous revenez du petit câlin qui fera de vous une future maman. Si, si, pas la peine de faire la fière, je sais que vous étiez, il y a moins d’une heure, tout comme moi, à quatre pattes sur la moquette… Et je peux sentir, à trois mètres, le petit cadeau que votre jules a amoureusement laissé aux creux de vos jambes.

Mais revenons à notre sujet, quand on rencontre un congénère dans la rue et qu’on lui renifle le derrière, on ne lui sent pas précisément le rond-point. Je veux dire, on ne lui sent pas le cul juste pour lui sentir le cul. C’est une chose entendue, le trou de balle d’un chien, ça sent forcément, peu ou prou, la crotte de chien. À ce sujet, je ne vous apprends rien. Mais ce n’est pas ce qui nous intéresse, même si ça ne nous dégoûte pas, comme l’odeur du munster, forte au demeurant, ne rebute pas l’amateur de fromage. Non, ce qu’on sent, ce sont les composés chimiques sécrétés par les deux glandes situées de part et d’autre du terre-plein central. Et grâce à ça, on connaît tout de celui qu’on rencontre : son sexe, son âge, sa fertilité, mais aussi son état de santé, son état émotionnel et même son alimentation. Bref, nous en savons plus par l’odorat que vous par la vue. En un reniflage de cul, on en sait autant que vous après une soirée resto-ciné. C’est plus rapide et ça nous coûte moins cher. Et c’est plus sincère aussi, les glandes anales, ça ne ment pas. Les chiens, ça ne triche pas du cul.

Bon, ça ne sert à rien d’essayer de faire comme nous, outre le fait que vous auriez l’air parfaitement ridicule, votre sens de l’odorat est tellement limité qu’il ne peut vous fournir toutes ces informations. Et la plupart du temps, quand vous en êtes au stade de vous renifler mutuellement le derrière, c’est que vous vous connaissez déjà pas mal.

La suite samedi prochain !

Petite précision : si Vanille ne parle pas de confinement dans son journal, c’est qu’elle a écrit ces lignes il y a quelques années.

Pour lire le début, c’est ICI.

Pourvu

Vous connaissez sans doute la chanson Pourvu de Gauvain Sers. Si ce n’est le cas, je vous invite à découvrir le clip ICI, lequel clip a été réalisé par le papa d’Amélie Poulain (et ça se voit).

Comme vous le savez certainement maintenant, je suis enseignant. Je me sers de cette chanson pour travailler, avec mes élèves, l’autobiographie. Je leur demande d’écrire un texte à la manière de, texte qui en faisant le portrait de l’être aimé est prétexte à un portrait en creux de son auteur.

Comme souvent, je me suis moi-même prêté au jeu. Je pose ça là, comme le dit l’excellente Noémie de Lattre :

Pourvu, d’après le texte de Gauvain Sers

 

Pourvu que je la rencontre enfin

Celle qui mettra son cœur dans l’mien

Pourvu qu’elle aime les enfants

Même si les miens sont déjà grands

Pourvu qu’elle aime la peinture

Mozart et la littérature

Pourvu qu’elle soit toujours Charlie

Pourvu qu’elle n’ait pas de mari

 

Pourvu qu’elle n’ait pas de mari

 

Pourvu qu’ ce soit une musicienne

Qu’elle laisse sa main dans la mienne

Pourvu qu’elle n’ soit pas trop sage

Qu’elle laisse ma main sous son corsage

Pourvu qu’à l’école, elle ait fait

En LV2, second degré

Qu’elle aime la photographie

Pourvu qu’elle quitte son mari

 

Pourvu qu’elle quitte son mari.

Bon, lors de l’écriture de ce texte, j’avais bien une autre rime en i en tête…

J’aimerai bien qu’en commentaire vous jouiez le jeu et laissiez quelques quatrains à la manière de cette chansonnette.

Maurice, tu pousses le bouchon un peu loin

12 mars

J’ai repiqué l’ordinateur de tonton pour envoyer un petit mail à maman :

Ma petite maman,

Juste un petit mot pour te dire que j’aurais vraiment bien aimé partir avec toi à Maurice, parce qu’ici on se gèle sérieusement le revers de la médaille. Pour tout te dire, on a eu tous les temps pourris possibles et imaginables ! Il a plu à seaux pendant des jours, fait un froid de canard sibérien (le froid, pas le canard, essaie de suivre, sinon on ne va pas s’en sortir), on a eu de la neige, de la grêle, et même de la neige, de la grêle et du vent en même temps. Tonton était tout ronchon et avait l’air d’un bonhomme de neige avec ses gants, son bonnet et sa parka. Il faisait tellement froid que j’en avais les petites lèvres toutes gercées ! Dès que j’avais fait ce que j’avais à faire, je refusais d’avancer et contraignait tonton à faire demi-tour. Même qu’un coup, je me suis couchée sur le trottoir pour bien lui faire comprendre que je me gelais trop les coussinets pour faire la conne dehors. Il était mort de rire et n’arrêtait pas de me répéter que je faisais un sacré chien de chasse !

Autrement, maintenant, on a nos petites habitudes. Le soir, souvent, je regarde la télé avec lui, sagement couchée, bien en boule, sur ses genoux cagneux. Il ne regarde que des conneries, mais je m’en fous, je suis au chaud contre lui et, lui, semble heureux que je lui réchauffe ses vieilles cannes de serin.

Et toi, comment vas-tu dans ton île paradisiaque ? Comment va Maurice ? Pousse-t-il toujours le bouchon un peu trop loin ?

Tu me manques beaucoup, mais je ne le montre pas à tonton pour ne pas lui faire de peine.

C’est pas le tout, mais ça va être l’heure de ma promenade de début d’après-midi. Tonton a déjà mis ses grosses chaussures et il est sur le point d’enfiler sa parka. Dans quelques secondes, il fera résonner le cliquetis métallique du mousqueton de ma laisse rose pour me signifier l’imminence du départ.

Je me dépêche d’y aller.

Je te fais plein de grosses léchouilles, embrasse papa pour moi.

Vanille

Pour lire le début, c’est ICI

De la misère de l’Homme

5 mars

Systématiquement, avant de m’emmener faire ma promenade, tonton me demande si j’ai envie de pisser. Pour lui signifier que j’ai bien compris de quoi il parlait, je me lève, je remue la queue. Bref, je montre ma joie d’aller me dégourdir les jambes et vider ma vessie.

D’ailleurs, je vous ferai remarquer que je comprends parfaitement tout ce que les humains en général et tonton en particulier disent. Certains racontent que les chiens comprennent deux cents à deux cent cinquante mots, c’est faux ! Nous comprenons absolument tous les mots, mais la plupart ne nous servent à rien. Je me fous de la box internet de tonton ou de son smartphone comme de ma première tétée et quand il en parle, je fais mine de ne pas comprendre.

Pour revenir à ces histoires d’envies de pisser, la réponse à la question de tonton est à la fois oui… et non. Oui, j’ai besoin d’aller pisser ou de me vider l’ampoule rectale. Non, je n’ai envie ni de l’un ni de l’autre, surtout qu’en ce moment il pleut et on se gèle sublimement les arpions. Je crois que c’est là un des problèmes fondamentaux des humains, ils confondent leurs besoins et leurs désirs. Et parce qu’ils les confondent, ils achètent tout un tas de conneries en croyant en avoir besoin alors qu’ils en ont juste envie. Le jour où ils diront j’ai besoin de pisser au lieu de j’ai envie de pisser, ils auront fait un grand progrès.

En attendant, c’est l’heure de ma promenade.

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Comme un daltonien… myope

23 février

Quand je vois comment vit tonton, je me dis que la vie des humains est un tapis de course dans une salle de sport. Ils s’agitent, courent, souffrent. Ils s’épuisent et suffoquent, s’acharnent et cela ne les mène nulle part. Je suis heureuse d’être un chien.

27 février

On ne le dira jamais assez, mais un chien vaut mieux que deux tu l’auras.

28 février

Devinez quel est mon peintre préféré : Georges Braque, bien sûr ! Surtout sa période fauve. Non, je déconne, en vérité, je m’en fous !

J’en vois déjà certains qui vont ramener leur science et débiter des conneries comme quoi les chiens voient en noir et blanc. Et ta mère, elle voit en noir et blanc ? Non, on voit en couleurs, mais pas tout à fait les mêmes couleurs que vous. Si vous voulez tout savoir, les chiens sont dichromates[1], donc nous voyons un peu comme un daltonien. Et comme nous voyons plus flou que vous, on peut dire que nous voyons comme un daltonien… myope. Tout un programme ! Mais comme je vous l’ai déjà dit, c’est l’odorat, bien plus que la vue, qui nous permet d’appréhender le monde. Au niveau de la vue, on perçoit surtout les mouvements, alors la peinture… Non, franchement, je préfère un bon film d’action.

[1]              Le chien, tout comme le chat, est dichromate, il ne perçoit que deux des trois couleurs fondamentales. Il ne perçoit pas le rouge, contrairement à l’homme qui est trichromate.

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Le comble de la misère

22 février

Tonton laisse la majeure partie du temps la porte de sa chambre ouverte quand il travaille. De temps à autre, il vient la fermer, après quelques instants, il l’ouvre à nouveau. Il semblerait que tonton ait deux petites amies nommées Kleenex et Sopalin.

Cela me rappelle une histoire que j’ai entendue, il y a fort longtemps. Comme nous sommes entre nous, laissez-moi vous la raconter :

« Étienne Delbœuf rentre chez lui. C’est l’hiver, il fait nuit, il fait froid. Il allume l’infâme néon qui surplombe la table en formica blanc de la cuisine.

Étienne travaille dans une usine de découpe de volaille, chez le numéro un du poulet. Il est ultra spécialisé, il est affecté à la découpe des filets droits. Pendant des heures, d’un geste rapide et sûr, il ôte de chaque gallinacé le filet droit. Attention, pas le gauche, le droit, rien que le droit !

Vingt heures passées, il se plante devant son réfrigérateur, ouvre la porte. À l’intérieur, entre deux endives et un yaourt nature périmé, il se saisit d’une boîte de sardines à l’huile. Il attrape son assiette sale dans l’évier, la rince rapidement, s’assied à sa table.

La dernière sardine finie, il se lève et prend dans le frigo une bouteille d’eau gazeuse aux trois quarts vide. Il boit à grands traits, debout, à même la bouteille. L’eau plus plate que vive répand dans sa bouche ses relents saumâtres de sel iodé.

Après avoir posé la bouteille vide sur la table, ce cher Delboeuf se rend d’un pas lent et calme vers les toilettes. Du dessous d’une pile de quotidiens régionaux, il extirpe un vieux magazine masculin dont la couverture trahit les années. Frénétiquement, il sacrifie à son rituel masturbatoire, les yeux fixés sur la pin-up défraîchie de la page centrale.

Le sang lui bat aux tempes, dans un spasme orgasmique, il pousse un râle rauque et libérateur tandis qu’il s’épand en giclées tièdes et gluantes au creux d’un papier tristement hygiénique.

Alors, alors, dans un souffle, lâche-t-il : décidément, le caviar, le champagne, les femmes, dans la vie, y a que ça de vrai ! »

***

Voilà, tonton, parfois, me fait penser à ce cher Delboeuf. Il vaut mieux, paraît-il, boire du mousseux à deux que du champagne seul. Tonton boit son mousseux seul, c’est bien là le comble de la misère.

Pour lire le début, c’est ICI

Il n’y a pas d’amour heureux

11 février

Note à moi-même : c’est pas facile d’écrire son prénom en pissant dans la neige.

14 février

Ce soir, tonton s’est fait un petit repas. Il a fait des bouchées à la reine. Il a ouvert une bouteille de vin blanc. Il m’a fait goûter le plat, mais pas le vin. De toute façon, c’était du Muscadet et je préfère le Sancerre. En dessert, il a mangé du tiramisu qu’il m’a également fait goûter. J’aime mieux la glace, mais c’était bon quand même. Après le repas, il m’a pris sur ses genoux pour me faire un câlin. Tout en me caressant la tête, il m’a dit : tu sais, ma chérie, aujourd’hui c’est la Saint-Valentin, cette fête merveilleuse qui rappelle aux uns qu’ils sont seuls et aux autres qu’ils sont malheureux. Sur ces bonnes paroles, il s’est resservi un grand verre de vin blanc qu’il a vidé cul sec. Je crois qu’il n’est pas encore assez saoul pour ne plus être malheureux. J’ai fermé les yeux et me suis endormie, la tête sur sa poitrine.

15 février

Bilan de la Saint-Valentin : des millions de bourses vidées et de gourdes remplies, claironne tonton. Mais qu’il est con !

Et vous, comment s’est passée votre Saint-Valentin ?

Pour lire le début, c’est ICI

Ma petite maman chérie

7 février

J’ai emprunté l’ordinateur de tonton et j’ai envoyé un petit mail à maman :

Ma petite maman chérie,

Je t’écris pour te donner des nouvelles de mes vacances chez tonton.

Ici, tout va bien, mais aujourd’hui, il pleut. Tonton dit que c’est un temps de chien, mais je ne vois pas bien ce que nous avons à voir là-dedans !

Parlant de tonton, je crois qu’il a un peu Alzheimer. En effet, il n’arrête pas de m’appeler mon chaton ou ma chatte ou mon lapin. Ou alors, c’est qu’il est un peu con… mais il est gentil quand même. Il me fait des câlins, même s’il dit que je pue (c’est l’hôpital qui se fout de la charité, il pue l’humain à pleine truffe). Il m’appelle aussi ma chérie… Là, il m’inquiète ! Tu me connais, j’suis pas une fille facile, alors je cache ma fleur avec le bout de ma queue.

Mais il s’occupe bien de ma gamelle en mêlant les croquettes que tu as amenées avec de la pâtée pour chien ou même pour chat.

On fait aussi de belles balades, j’ai fait une cartographie totale de tous les chats du quartier. Bon, on fait aussi des petits pissous expéditifs le soir vers minuit, je ne comprends pas bien pourquoi tonton ne veut pas se balader à cette heure-là !

Autrement, j’ai entendu tonton au téléphone dire que vous aviez eu une tempête, je ne pensais pas que vous auriez la visite de ta belle-mère si tôt !

Tonton m’a dit qu’il t’enverrait un mail pour ton anniversaire. Ne lui dis pas que je te l’ai dit, c’est une surprise !

Je te laisse, je vais aller repiquer un roupillon, c’est ce que je fais avec le plus d’application. Tonton dit que je ne serai pas prix Nobel cette année, mais je lui ferais remarquer que lui non plus. Il dit aussi que je ne fais pas moins la vaisselle que mes cousines, je crois que c’est pas très gentil pour elles.

Je te fais plein de grosses léchouilles partout sur le visage, ma langue est toute propre, la preuve, je viens de me nettoyer précautionneusement la rondelle avec après notre dernière promenade.

Embrasse aussi papa pour moi, ma frangine et mon grand dadais de frangin d’amour. Dis-lui que ses câlins me manquent, même si tonton m’en fait, ce n’est pas la même chose.

Vanille

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Bill, Isabelle et moi

18 janvier

Tonton écrit des livres et donne des cours, ou plutôt, il donne des cours et écrit des livres. Enfin, donner des cours est une expression. Les cours qu’il donne, il les vend, et les livres qu’il écrit, il ne les vend pas. Ou peu. Ou mal. Tonton fait partie de ces gens qui seraient incapables de vendre un café et un manteau bien chauds à quelqu’un qui aurait froid et le budget de la Défense des États-Unis d’Amérique en poche. Il donnerait son vieil ordinateur à Bill Gates s’il lui semblait que celui-ci en avait besoin. Je ne sais pas si ce geste aussi stupide que désintéressé ferait de lui quelqu’un de bien ou le plus crétin des hommes.

24 janvier

Je ne crois pas vous l’avoir déjà dit, mais cette année, je vais avoir quinze ans. C’est beaucoup pour une chienne de ma race. Par contre, je vous arrête tout de suite, pour avoir une idée de mon âge en âge humain, il ne faut pas multiplier par sept. Je n’ai quand même pas cent cinq de vos ans. Pour satisfaire votre besoin irrépressible d’anthropomorphisme, disons que j’ai entre quatre-vingts et quatre-vingt-cinq ans… avec une espérance de vie de quatre-vingt-dix. Je sais donc que je suis bien plus vers la fin du voyage qu’au début du chemin. Mais je me porte encore bien. Je suis svelte, musclée, élancée, mais pas maigre. Je dors beaucoup, facilement dix-huit heures par jour, mais je suis encore vive lors de mes promenades. Mes sens restent en alerte, même si je suis un peu dure de la feuille et qu’avec cette maudite cataracte, je n’y vois plus grand-chose. D’ailleurs, j’ai plus l’œil vitreux d’une truite sur l’étal du poissonnier que le regard outremer d’Isabelle Adjani dans le clip de Pull Marine réalisé par Luc Besson. De toute façon, j’ai toujours eu les yeux marron. Et le premier qui ajoute : yeux de cochon, je lui becte un jarret, histoire de lui apprendre les bonnes manières et à respecter les cochons. Non, mais !

2 février

Je n’ai que trois grandes passions dans la vie : dormir, faire une sieste et piquer un roupillon.

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Le double spirituel de Schopenhauer

11 janvier

Aujourd’hui, tonton est allé se faire opérer des dents de sagesse. Il s’est levé aux aurores. Il m’a emmenée faire ma promenade. Il faisait encore nuit et il faisait encore froid. Rentré à la maison, il a préparé ma gamelle, puis m’a donné mon médicament, celui pour que je ne me pisse pas dessus. Après cela, il a pris une douche à la Betadine. C’est fou ce que ça pue, ce truc. Un de ces quatre, il faudra que je prenne le temps de vous expliquer comment nous, les chiens, percevons les odeurs, ou plutôt comment nous percevons le monde grâce aux odeurs. Comme il y a en pour une plombe pour vous expliquer ce que jamais vous ne sentirez, et que je ne me sens pas d’humeur, revenons à tonton et à ses chicots pourris. Il est donc parti très tôt ce matin et j’ai bien vu dans son regard qu’il avait peur. Il est revenu en début d’après-midi, l’air franchement crevé. Il m’a emmenée faire ma promenade et a fait une bonne sieste. Si je vous parle des dents de tonton, c’est que le soir, comme unique repas, il a mangé de la glace à la vanille. De prime abord, cette information n’est pas le scoop du siècle et vous viviez très bien, jusqu’à aujourd’hui, en ignorant ce fait. C’est juste que, Vanille, c’est mon nom, et je ne crois pas vous l’avoir déjà dit. Et puis tonton, il a fait exprès de laisser pas mal de glace au fond du bol et me l’a fait lécher. Je ne sais pas comment il sait que c’est mon dessert préféré. Peut-être est-ce maman qui le lui a dit.

Je vous parle des dents de tonton alors que, la dernière fois, j’ai évoqué Descartes et Freud. Mais je ne vais pas vous parler tous les jours de Nietzsche, de Kant ou de Schopenhauer, je ne les ai pas lus. Parlant de Schopenhauer, saviez-vous qu’à sa mort, il avait légué l’ensemble de ses biens à son plus fidèle compagnon, son chien Atma ?

14 janvier

Il y a quelques jours, je vous ai parlé d’Atma, le caniche de Schopenhauer. Eh bien, l’atma, en sanskrit, c’est l’âme immortelle, un double spirituel. On peut donc dire que le double spirituel de Schopenhauer, le philosophe du pessimisme, c’était son chien.

Et vous, dites-moi en commentaire si votre chien aime la glace à la vanille !

Pour lire le début, c’est ICI

Cogito ergo sum

8 janvier

Je viens d’aller promener tonton. On a fait une belle balade.

G., c’est moche. C’est moche et ça pue. Une odeur âcre, doucereuse, une odeur difficilement descriptible, moins forte que le chlore, mais tout aussi entêtante. Pas besoin d’être un chien pour pouvoir sentir cela. Je suis sûre que les humains la sentent également, mais ils font comme si de rien n’était. Et puis il y a partout cette poussière rouge qui couvre les trottoirs, les rues, les voitures trop longtemps stationnées, empourpre les façades et les toits. Drôle de vie que de vivre ici.

9 janvier

J’ai encore fait un cauchemar cet après-midi. Ce n’est pas vraiment un cauchemar, mais un de ces rêves très bizarres. En tout cas, c’est un rêve que je fais assez souvent :

Je suis encore jeune, j’accompagne papa à la chasse. Une envolée de pigeons fend le ciel juste devant nous. Papa les a vus aussi, il épaule et tire. Je vois distinctement l’un des volatiles tomber à quelques dizaines de mètres de nous. Je m’élance pour aller le chercher. Je cours, mais plus j’avance, plus le pigeon semble s’éloigner. Et comme l’horizon reculant inexorablement devant moi, l’animal touché se dérobe à chacune de mes foulées. Je lance mes pattes avec l’énergie du désespoir, aboyant au ciel comme pour mieux le maudire. Je sens mon cœur prêt à exploser dans ma poitrine.

C’est alors que tonton m’a réveillée en me caressant doucement la tête. Il me répétait d’une voix douce : ça va aller, ça va aller. Je l’ai regardée, l’air hagard. Il a pris ma tête dans ses mains et m’a fait un gros bisou sur le front, puis il m’a fait un gros câlin.

Parlant de rêves, j’aimerais quand même dire une chose : je conchie jusqu’à la garde cet abruti de René Descartes et sa théorie à la mords-moi la truffe d’animaux-machines. Où a-t-il été pêcher que nous autres, animaux, étions des automates ? Si je rêve, c’est que j’ai un inconscient, si j’ai un inconscient, c’est que j’ai une conscience. Donc, cher René, je pense, je suis, et je t’emmerde… Et j’irais volontiers pisser sur ta tombe si j’en avais l’occasion.

Eh oui ! j’ai lu Freud, ça vous en bouche un coin ! Et comme j’ai des origines teutoniques, je l’ai même lu en allemand dans le texte, le petit père Sigmund étant autrichien (d’arrêt), Wortspiel[1].

[1]              En allemand, jeu de mots.

Et vous, dites-moi en commentaire si votre chien rêve !

Pour lire le début, c’est ICI

L’arrivée chez Tonton

On a vu des chiens mourir pour leur maître, jamais le contraire.

Proverbe estonien.

La reconnaissance est une maladie du chien non transmissible à l’homme.

Antoine Bernheim.

Je ne m’étonne pas qu’on calomnie les chiens : trop souvent hélas ! l’homme n’a qu’à rougir devant le chien.

Arthur Schopenhauer.

5 janvier

Maman vient de me déposer chez tonton, dans un bled paumé, quelque part entre Marseille et Aix-en-Provence. Je dois rester ici jusque fin juin, début juillet. Maman a tout prévu : mon panier et mes couvertures, mes gamelles et un gros sac de croquettes, celles avec une tête de labrador dessus, ainsi que mon médicament pour ne pas que je m’oublie. Tonton a mis directement mon panier contre le radiateur du salon, près de la table basse. Je crois que je vais être bien ici, en tout cas mieux qu’au chenil. Le chenil, ce n’est plus de mon âge, ça me stresse trop. Je ne veux plus entendre les petits nouveaux hurler à la mort de peur toute la nuit. Non, ici, je serai bien. L’appartement est grand, il n’y a pas d’odeur d’animaux autres que tonton et mes cousines. Mais elles ne sont pas là, les cousines. Elles ne viennent dormir ici qu’un coup tous les 36 du mois. Tonton a gardé un panier, enfin un lit, pour chacune d’entre elles. Maman m’a confiée à son frère parce qu’elle part travailler avec papa à l’île Maurice. Je ne sais pas où c’est, l’île Maurice, mais je sais que c’est loin et que c’est drôlement compliqué pour que je puisse y aller. Maman dit que me faire venir équivaut, pour la bureaucratie mauricienne, à importer un troupeau de vaches. Je ne crois pas que maman veuille importer des vaches. Si tel est le cas, elle s’est bien gardée de me le dire.

Je dis maman en parlant de ma maîtresse, mais je sais très bien que ce n’est pas ma vraie mère. Donc son frère n’est pas vraiment mon tonton. Je ne me souviens plus de ma mère, mais je suppute qu’elle était tout de même bien plus poilue. Et vu que je suis une chienne braque allemand à poil court, maman devait être la plus jolie braque allemand qu’on ait vue, de la Basse-Saxe à la Haute-Provence.

7 janvier

Quand je me couche dans mon panier, très souvent, je croise mes pattes avant sur le rebord. Cela donne à ma pose une attitude très royale. Il faut savoir rester élégante en toutes circonstances. Cela fait beaucoup rire tonton. Je reste ainsi de longues minutes. Je regarde tonton. Je regarde les amis de tonton. J’aime bien observer les humains. Ce sont des animaux fascinants.

J’attends vos commentaires sur le début de cette histoire.

La suite, la semaine prochaine. Même heure, même endroit !

I’m back !

Bonjour à tou(te)s et tous mes vœux de bonheur pour cette nouvelle année !

Après un long moment de mise en sommeil, j’ai décidé, en ce début d’année 2020 de réveiller ce blog. Il était temps, me direz-vous.

Si je le fais, c’est pour une bonne raison ! Depuis les sorties de Seul le bonheur et du Con de quelqu’un, vous êtes nombreux à me demander quand et où sortira un nouvel écrit.

Et bien, vous êtes au bon endroit !!!

À partir de la semaine prochaine, je posterai sur ce blog tous les samedis soirs un extrait de mon nouveau texte intitulé : J’emmerde Descartes !

Je ne veux pas vous spoiler l’histoire, mais c’est sous-titré : Journal d’une vieille chienne braque allemand.

Pour vous mettre l’eau à la bouche, voici les toutes premières lignes :

5 janvier

Maman vient de me déposer chez tonton, dans un bled paumé, quelque part entre Marseille et Aix-en-Provence. Je dois rester ici jusque fin juin, début juillet. Maman a tout prévu : mon panier et mes couvertures, mes gamelles et un gros sac de croquettes, celles avec une tête de labrador dessus, ainsi que mon médicament pour ne pas que je m’oublie.

On se retrouve donc ici la semaine prochaine pour la suite !

Dites-moi en commentaire si cette idée vous emballe.

Genèse d’un roman, bis :

La semaine dernière, je vous faisais découvrir le brouillon du début du commencement de l’idée de Seul le bonheur.

Les plus perspicaces d’entre vous auront remarqué, en bas à droite du feuillet, une flèche.

Quand on ouvre la feuille pliée en deux, voilà ce que l’on découvre :

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Si vous y comprenez quelque chose, prévenez-moi en commentaire, car je me demande encore comment j’ai pu écrire un roman de 176 pages à partir de ça !

Genèse d’un roman :

Dans un questionnaire récent, on me demandait comment m’était venue l’idée de Seul le bonheur. On ne sait jamais vraiment comment, mais je sais où : c’était dans mon bain. Donc je suis sorti de la baignoire et tout nu, à moitié séché, j’ai griffonné sur un carton la trame de l’histoire. L’histoire d’un écrivain pour qui les mots sont la seule passion, qui fait un AVC et qui est « sauvé » par sa petite-fille.

Vous qui avez lu, je l’espère, Seul le bonheur, noterez le glissement du personnage féminin et que le rôle de la petite-fille incombe, dans le roman, à Justine.

Et vous pouvez voir que dès le début j’ai décrit Adrien comme étant un « sale con ».

Je vous laisse découvrir ce brouillon, ce tout premier jet de ce qui sera, trois ans plus tard, un roman de 176 pages.

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Et vous ? vos idées, vous les notez sur un calepin ? vous utilisez votre smartphone comme dictaphone ? dites-nous tout en commentaire !

 

Rien que pour vous, un extrait de mon nouveau livre

Premier article de l’année, j’en profite pour vous souhaiter à tou(te)s une excellente année 2016 pleine de beaux projets, de milliers d’heures de lecture et d’écriture.

Comme vous le savez déjà, mon premier roman sort le 4 janvier, soit dans deux jours.

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Pour fêter cela et vous remercier de votre fidélité, voici pour vous, lectrices et lecteurs de ce blog, un extrait exclusif :

    Émilie a insisté pour que nous allions à la fête des voisins. Elle a de ces idées, parfois ! Je consens à y faire acte de présence uniquement pour lui faire plaisir. Il faut savoir faire des sacrifices et je suis pour la paix des ménages, surtout le mien ! Je ne sais pas pourquoi elle y tient tant. Elle pense peut-être devoir se présenter au groupe pour pouvoir intégrer la joyeuse bande des propriétaires névrosés. On voit vraiment qu’elle ne les connaît pas ; ils sont tous plus sinistres les uns que les autres. Franchement, je ne comprends pas pourquoi on a inventé une fête pareille. Pour recréer du lien social, pour retrouver un esprit de village dans nos grandes villes déshumanisées, me dit Émilie. Depuis Le – très fascisant – Corbusier et sa maison du fada à Marseille, plus personne ne peut croire en de telles balivernes. S’ils avaient eu un tant soit peu d’honneur, les architectes qui les ont commises se seraient pendus avec leurs belles utopies, en voyant ce que leurs grandes cités idéales sont devenues. Fallait-il qu’ils soient cyniques ou fous – ou bien les deux – pour imaginer des gens vivre heureux dans des habitations construites dans un matériau dont on avait fait, quelques années auparavant, le mur de l’Atlantique et la dernière résidence secondaire du petit moustachu allemand. Sincèrement, si le lien social s’est délité, si on ne se fréquente plus entre voisins – dans nos villes de grande solitude, comme le dit le chanteur – il doit bien y avoir une raison, non ? Une raison simple, explicite, compréhensible par le premier des enfants. Une raison qui tiendrait en quelques mots : le voisin est un gros con ! Seule Émilie fait étonnamment exception à cette règle immuable et c’est pour cela que nous vivons ensemble. Et puis l’esprit de village, je le connais. J’ai grandi à la campagne où chacun médit, où tout le monde se mêle des affaires de tout le monde, où les histoires de coucherie de la mère Michel avec le père Lustucru, qui a lutiné son chat, se répandent comme des effluves de lisier en rumeurs nauséabondes, plus sûrement que l’indigence intellectuelle sur les programmes télévisuels, plus rapidement que la photo d’une quelconque Miss France nue sur les réseaux sociaux.

Dites-moi en commentaire ce que vous en pensez.
Et encore tous mes vœux de bonheur!

Une nuance de folie :

17 nuances de folieSortie ce lundi 19 octobre de 17 nuances de folie, le nouveau recueil collectif des éditions Hélène Jacob. Ce recueil regroupe 17 nouvelles écrites par les meilleures plumes des EHJ, toutes sur le thème de la folie !

Votre serviteur s’est prêté au jeu. J’ai revisité pour vous le mythe antique de l’Amour et de la Folie, thème déjà traité par Érasme, Louise Labé ou La Fontaine, excusez du peu !

Pour vous, et juste pour vous, voici le tout début de ma nouvelle :

N’hésitez pas à me dire en commentaire ce que vous en pensez.

J’entends dire, de ça de là : le monde est fou, le monde est fou. Ah, Elle a bon dos, la Folie ! Qu’est-ce que je vous ai encore fait pour que vous m’invoquiez pour un oui, pour un non ? Déjà, je vous saurai gré, misérables cloportes inutiles d’humains que vous êtes, je vous saurai gré de dire : c’est un monde de fous. Le monde est, c’est tout ; les choses sont parce qu’elles doivent être. De vous à moi, de nous trois, c’est bien le seul à ne pas être fou. Retirez l’Homme avec un grand H, l’être humain mâle avec son misérable vermisseau entre les jambes qui lui donne l’illusion de sa force et l’être humain femelle, sans le vermisseau, mais avec des seins, un utérus et des neurones, retirez l’Homme, dis-je, de la planète. Vous y êtes, vous imaginez la scène ? La nature, les plantes, les animaux. Vous la voyez où la Folie ? Où me voyez-vous ? Plus fort, je ne vous entends pas ! Où ? Je vais vous le dire : nulle part ! Je n’existe que parce que vous existez. Je suis arrivée avec vous, avant même la Raison, que vous m’opposez à tort. Avant même ce que vous nommez Intelligence, concept fumeux, qui, de vous à moi, ne sert qu’à vous rassurer. Je suis aussi vieille que l’humanité. Alors, par pitié, cessez de me les briser menu et de m’invoquer pour tous vos maux. D’ailleurs, je n’ai pas que ça à faire, je dois emmener le petit faire sa promenade.

— Allez, viens, petit con !

Sortie le 19 octobre de 17 nuances de folie :

Voici  en avant-première la couverture du recueil 2015 des auteurs des Éditions Hélène Jacob, nommé « 17 nuances de folie », auquel participe votre serviteur.

Ma nouvelle s’appelle l’Amour et la Folie et revisite les mythes grecs.

Sortie le 19 octobre.

Allez, encore un bon mois à attendre !

17 nuances de folie

Recueil collectif 2015 des auteurs des éditions Hélène Jacob

Grande nouvelle : publication de mon premier roman en janvier 2016

Comme vous l’avez peut-être remarqué, ce blog est en sommeil depuis le mois de janvier. C’est que, comme tous les hommes, avec un petit h, je suis monotâche. J’ai passé ces derniers mois à terminer l’écriture de mon premier roman qui sortira en janvier, toujours aux éditions Hélène Jacob.

Pour les plus impatients, vous pourrez lire une de mes nouvelles dans un recueil collectif  qui sortira courant novembre chez le même éditeur.

Je ne manquerai pas de vous tenir au courant de tout cela.

Je vous souhaite une belle rentrée, qu’elle soit scolaire ou littéraire, à tou(te)s.

Auto-éditionnez-vous ou pas :

Avant d’être édité aux Éditions Hélène Jacob, j’ai parcouru le net de site en site, glanant, de çà de là, des informations sur l’auto-édition. J’en ai retenu une ou deux choses :

La première est que l’auto-édition est, bien souvent, un choix pertinent pour publier un premier ouvrage.

La deuxième est qu’il ne faut pas se tourner vers ce modèle en croyant que l’auto-édition est synonyme de totale gratuité. Si vous êtes votre propre éditeur, vous devrez payer tout ce que vous n’êtes pas en mesure de réaliser, vous-même, de façon professionnelle.

Même si vous avez un niveau très élevé en français, vous devrez, a minima, investir dans un ou des logiciels de correction. Il est tout de même préférable de se tourner vers un correcteur pro, qui fera également la mise en forme typographique de votre texte. Car à moins d’être soi-même un pro de l’espace insécable, cela est absolument obligatoire pour que votre livre ne semble pas bricolé par un amateur plein de bonne volonté.

Il en est de même, bien sûr, pour la couverture, la mise en forme aux formats numériques (epub, kindle, etc.)

Si vous cherchez une mine d’or sur l’auto-édition, consultez d’urgence le blog des cofondateurs des Éditions Hélène Jacob, le duo d’auteurs M.I.A :

Le blog Mia

Et vous, quels conseils pouvez-vous nous donner sur votre expérience d’auto-édité(e) ?

Un XIXe siècle fantastique !

Comme certains d’entre vous le savent, je suis enseignant à domicile, spécialisé dans les troubles des apprentissages. Je vous parlerai de mon métier en général et de la dyslexie en particulier dans un prochain article.
Il m’arrive souvent d’apprendre à mes élèves à satisfaire aux exigences et contraintes d’un exercice particulièrement difficile pour eux : la rédaction.

J’ai pris pour habitude de traiter le même sujet qu’eux, histoire de voir ce que j’en ferais.

Je vous livre cette courte histoire, répondant à un sujet de 4e : Faîtes un texte à la manière d’une nouvelle fantastique du XIXe siècle.

Je suis maintenant un vieil homme. Après toutes ces années, je me dois de vous raconter ce qui s’est passé il y a maintenant fort longtemps.

J’étais alors un tout jeune représentant de commerce. Je vivais sans attache, allant de ville en ville, de chambre d’hôtel en chambre d’hôtel. Ce soir-là, je me présentai comme à l’habitude à la réception. Une jeune femme, devant moi, prenait sa clé. C’était une grande femme brune, élégante, la trentaine. Elle portait un tailleur strict qui dessinait impeccablement sa silhouette. La réceptionniste, en lui souriant, lui tendit la clé de la chambre N°15.

Vint mon tour, je m’acquittai rapidement des formalités et me retirai dans ma propre chambre. C’était une chambre banale, triste et froide, que les motifs provençaux par trop criards du couvre lit et des rideaux n’arrivaient pas à égayer. Je m’allongeai sur le lit, las d’une journée morne.

***

Comme tout bon VRP, j’avais réservé mon repas en même temps que ma chambre. À l’heure du dîner, je me rendis au restaurant de l’hôtel. Dans cette grande salle sans âme, un couple de quinquagénaires dînait sans se parler. Dans le fond, un confrère avalait un sandwich en compulsant ses catalogues. Dans un coin de la pièce, mon regard fut attiré par un personnage bien singulier. C’était un homme sans âge, très grand et très mince, le teint maladif. Comme je ne pouvais détacher mon regard de lui, il se leva et s’invita à ma table.

— Permettez, fit-il, que je m’asseye, partageons pour un soir nos solitudes.

Je n’osai refuser.

Tout chez lui me mettait mal à l’aise. Ce n’était pas qu’il fût laid, bien au contraire, il avait un regard sombre qui vous envoûtait. Il ne ressemblait en rien à la clientèle de ce type d’établissement.

Il s’enquit :

— Vous êtes représentant, n’est-ce pas ?

Je répondis par l’affirmative et osai :

— Et vous-même ?

Une lueur traversa son regard, il me fit un grand sourire que je ne compris pas.

— En quelque sorte, dit-il

— Ah, et dans quel domaine ?

— Disons que je n’ai rien à vendre.

J’étais interloqué, c’était là une bien étrange façon de s’exprimer.

Une serveuse arriva.

— Vous avez fait votre choix ?

— Le plat du jour et un quart de rouge, s’il vous plait, répondis-je machinalement

— Pareil pour moi, ajouta mon curieux invité.

À peine la serveuse avait-elle tourné les talons qu’il demanda brusquement :

— Êtes-vous joueur ?

— Vous ne pouvez mieux tomber, j’adore ça.

— Vous ne devriez pas ! tança-t-il.

Je restai coi, il reprit :

— Vous savez, avec moi, vous ne pouvez gagner.

— Vous êtes si chanceux que cela ? soufflai-je.

— La chance n’a rien à voir là-dedans ; tenez, sortons une pièce et jouons à pile ou face.

— Très bien, acquiesçai-je, intrigué.

— Pile, je repars accompagné, face, je m’en vais seul.

Je ne comprenais pas les enjeux de ce pari mais n’y voyais aucune malice. Il lança la pièce, elle voleta un instant, il la rattrapa d’un geste brusque et la plaqua sur le dos de sa main gauche.

— Pile ! s’écria-il, avec un large sourire. Je dois vous laisser, mais n’ayez crainte, nous nous reverrons, mais pas de sitôt.

Il se leva et quitta précipitamment la salle. Je restai pantois, ne sachant que penser.

***

Le lendemain matin, je me rendis à la réception pour régler ma note. Un jeune réceptionniste faisait régler le couple que j’avais vu la veille au restaurant. J’entendis la femme dire à son mari :

— Tu te rends compte, Roger, une si jeune femme, comment cela a-t-il pu arriver ?

Je m’immisçai dans la conversation.

— Que s’est-il passé ?

— Vous ne savez pas ? répondit le réceptionniste, la jeune femme de la chambre N°15, elle est morte, cette nuit dans son sommeil…

En rendant ma clé, je l’interrogeai sur mon bien étrange convive de la veille. Il m’assura que j’avais dîné seul, d’ailleurs ce soir-là, n’avaient été servis que quatre couverts, ceux du couple, celui de l’autre VRP, et le mien.

Depuis, je me demande quand je vais revoir cette étrange apparition, et à l’aube de mes quatre-vingt-dix ans, je pense que cela ne saurait tarder.

 

J’attends vos avis (surtout ceux de mes collègues professeurs de français, n’est-ce pas Emmanuelle !), vos retours…

Découvrez le Journal d’un misanthrope :

21 nuancesVous avez aimé le Journal d’un proctologue ? Découvrez mon Journal d’un misanthrope, l’une des 21 histoires du tout nouveau recueil de nouvelles des éditions Hélène Jacob : 21 nuances de voisinage !

Entre fuites d’eau et épanchements lacrymaux, cynisme feint et tendresse inavouée, comment un écrivain aussi aigri que fauché cohabite, bon gré mal gré, avec ses voisins.

Retrouvez également les nouvelles des meilleures plumes des EHJ :

Audrey et Natacha AJASSE, Charles DEMASSIEUX, RoseLys DESDUNES, Dominique LEBEL, Ariane FUSAIN, Jean-Claude THIBAULT, Marie-Noëlle GARRIC, Marjorie LOUP, Mélissa RESTOUS, Nathalie DESORMEAUX, Valérie HERVY, M.I.A, Manou FUENTES, Kathy DORL, Yannick BILLAUT, Marie-Pierre BARDOU, Mélanie WENCY, Olivier LEROUGE, Emmanuelle SOULARD, Madeline DESMURS.

Alors si vous avez aimé Rémoras, L’Homme qui voulait rester dans son coin, Fifty-fifty, Le dragon de ténèbres et tous les écrits de ces merveilleux auteurs, foncez ! C’est par ici :

Sortie nationale aujourd’hui !

à découvrir ici

15 bonnes raisons de lire le Journal d’un proctologue :

15 bonnes raisons de lire le Journal d’un proctologue :

1. Parce que vous ne savez pas ce qu’est un proctologue et que ce titre vous intrigue.
2. Parce que vous savez ce qu’est un proctologue et que ce titre vous intrigue.
3. Parce que vous vous demandez comment on peut avoir l’idée de faire un métier pareil.
4. Parce que vous pensez avoir un métier de merde.
5. Parce que vous venez de finir un livre intitulé Journal d’un gynécologue.
6. Parce que vous collectionnez les flacons de Canard WC vides en hommage à Marcel Duchamp.
7. Parce que vous avez une ex-femme, enfin presque.
8. Parce que vous avez une salle de bains et du gel douche.
9. Parce que vous avez 50 ans et qu’il est temps de vous préoccuper de votre prostate.
10. Parce que vous êtes une femme et que les problèmes de prostate, vous vous en foutez.
11. Parce que vous aimez les chevaux.
12. Parce que vous aimez rire de tout, mais pas avec tout le monde.
13. Parce que vous voulez rire.
14. Parce que vous voulez pleurer.
15. Parce que c’est moi qui l’ai écrit, c’est dire si c’est vachement bien !

Pour en savoir plus sur ce livre édité aux éditions Hélène Jacob

Un 37e commentaire pour le Journal d’un proctologue :

Bonjour à tous,

Un 37e commentaire pour le Journal d’un proctologue, le 23e commentaire 5 étoiles qui fait grimper la moyenne à 4.4/5.

Que son auteure soit vivement remerciée !

à voir ici

Le commentaire est tellement gentil qu’on pourrait croire que je connais personnellement son auteure. Eh, ben, non, je ne connais pas cette lectrice qui semble avoir su capter tout ce que j’ai essayé de faire passer dans ce livre.

Et pour rebondir sur son commentaire, en effet, je ne suis pas médecin. D’ailleurs je ne suis jamais allé voir de proctologue de ma vie (et j’espère pouvoir m’en passer encore un moment !)

Le Journal d’un proctologue bientôt au cinéma

Un producteur américain a mis une option sur ce livre afin de préparer une adaptation cinématographique qui sortirait, si le projet va à son terme, dans les deux ans sous le nom : « The proctologist ».

Plus d’informations sur le site des éditions Hélène Jacob :

http://www.editionshelenejacob.com/le-journal-dun-proctologue-bientot-au-cinema/

Sortie du Journal d’un Proctologue aux éditions Hélène Jacob ! ! !

GRANDE NOUVELLE, ça y est le Journal d’un proctologue est disponible aujourd’hui à la vente sur les plateformes de téléchargement. La version papier sera disponible d’ici 2-3 jours en exclusivité sur Amazon.
Si vous le commandez, si vous l’aimez, n’hésitez pas à laisser un commentaire sur le site où vous l’avez téléchargé.

Venez lire ICI les 10 premières pages.

Dites-nous en commentaire ce que vous en pensez !