L’arrivée chez Tonton

On a vu des chiens mourir pour leur maître, jamais le contraire.

Proverbe estonien.

La reconnaissance est une maladie du chien non transmissible à l’homme.

Antoine Bernheim.

Je ne m’étonne pas qu’on calomnie les chiens : trop souvent hélas ! l’homme n’a qu’à rougir devant le chien.

Arthur Schopenhauer.

5 janvier

Maman vient de me déposer chez tonton, dans un bled paumé, quelque part entre Marseille et Aix-en-Provence. Je dois rester ici jusque fin juin, début juillet. Maman a tout prévu : mon panier et mes couvertures, mes gamelles et un gros sac de croquettes, celles avec une tête de labrador dessus, ainsi que mon médicament pour ne pas que je m’oublie. Tonton a mis directement mon panier contre le radiateur du salon, près de la table basse. Je crois que je vais être bien ici, en tout cas mieux qu’au chenil. Le chenil, ce n’est plus de mon âge, ça me stresse trop. Je ne veux plus entendre les petits nouveaux hurler à la mort de peur toute la nuit. Non, ici, je serai bien. L’appartement est grand, il n’y a pas d’odeur d’animaux autres que tonton et mes cousines. Mais elles ne sont pas là, les cousines. Elles ne viennent dormir ici qu’un coup tous les 36 du mois. Tonton a gardé un panier, enfin un lit, pour chacune d’entre elles. Maman m’a confiée à son frère parce qu’elle part travailler avec papa à l’île Maurice. Je ne sais pas où c’est, l’île Maurice, mais je sais que c’est loin et que c’est drôlement compliqué pour que je puisse y aller. Maman dit que me faire venir équivaut, pour la bureaucratie mauricienne, à importer un troupeau de vaches. Je ne crois pas que maman veuille importer des vaches. Si tel est le cas, elle s’est bien gardée de me le dire.

Je dis maman en parlant de ma maîtresse, mais je sais très bien que ce n’est pas ma vraie mère. Donc son frère n’est pas vraiment mon tonton. Je ne me souviens plus de ma mère, mais je suppute qu’elle était tout de même bien plus poilue. Et vu que je suis une chienne braque allemand à poil court, maman devait être la plus jolie braque allemand qu’on ait vue, de la Basse-Saxe à la Haute-Provence.

7 janvier

Quand je me couche dans mon panier, très souvent, je croise mes pattes avant sur le rebord. Cela donne à ma pose une attitude très royale. Il faut savoir rester élégante en toutes circonstances. Cela fait beaucoup rire tonton. Je reste ainsi de longues minutes. Je regarde tonton. Je regarde les amis de tonton. J’aime bien observer les humains. Ce sont des animaux fascinants.

J’attends vos commentaires sur le début de cette histoire.

La suite, la semaine prochaine. Même heure, même endroit !

La femme est l’avenir de l’homme !

« Les jeunes d’aujourd’hui, c’est plus ce que c’était, ma bonne dame » dirait madame Michu.

On entend souvent dire que les gens ne lisent plus, ou plutôt que les jeunes ne lisent plus. Ce n’est pas faux, mais pas tout à fait vrai. Il suffit de regarder qui tient les blogs littéraires, qui est inscrit sur les sites de lecture tels que Babelio ou Booknode, qui a une page Facebook consacrée à la lecture pour voir que les lecteurs sont des lectrices. C’est d’autant plus vrai à l’adolescence où la notion de lecture-plaisir est quasi absente chez les garçons (qui trouvent dans d’autres activités digito-palmaires la source de leur épanouissement personnel.)

Alors bien-sûr, il ne faut pas caricaturer, il y a des garçons qui dévorent les livres et des filles qui n’ont jamais lu autre chose que les paroles des chansons de Shy’m (attention, ça pique les yeux !).

La bonne nouvelle, quand on sait qu’un enfant qui lit devient un adulte qui pense, la bonne nouvelle, disais-je, c’est qu’à ce rythme là, dans une cinquantaine d’années, les filles seront majoritairement celles qui auront un peu de culture et de savoir. Et qui dit savoir, dit pouvoir.

Gageons donc que d’ici quelques décennies, les filles auront pris l’ascendant sur les phallocrates de tous poils !

Aragon avait raison, la femme est bien l’avenir de l’Homme !